Les médicaments biosimilaires mais pas bio!

Les médicaments biosimilaires ne sont pas comme leur nom peut  le laisser entendre « bio »; ce sont des médicaments similaires à des médicaments biologiques de référence commercialisés depuis plus de 8 ans en Europe et dont le brevet est tombé dans le domaine public.

Les médicaments biologiques ou biomédicaments, sont obtenus par un procédé biotechnologique  qui implique une source biologique (protéines, cellules…).Ils sont fabriqués à partir d’organismes vivants dont les cellules ont été modifiées génétiquement; après avoir reçu un gène particulier , dit gène d’expression, ces cellules produisent des protéines spécifiques capables de traiter la maladie.

Il ne s’agit pas à proprement parler de médicaments génériques car la réglementation, la fabrication sont différentes, avec des contrôles plus importants . Les médicaments génériques sont d’origine chimique; ce sont de petites molécules faciles à reproduire et à industrialiser; les médicaments biosimilaires sont constitués de molécules de grande taille (comme les immunoglobulines , les anticorps) complexes à fabriquer; les médicaments biosimilaires ne peuvent pas être strictement identiques au médicament de référence en raison de la variabilité des souches.

Pour rappel, le premier médicament biologique a été une insuline recombinante fabriquée à partir de souches bactériennes d’Escherichia coli en 1978; le premier biosimilaire a été la reproduction d’une hormone de croissance en 2006.

Prescrire des biosimilaires est  un potentiel d’économie majeure et Agnès Buzin, notre ministre de la santé a fixé dans la stratégie nationale de santé 2018-2022 la prescription de 80% de biosimilaires à l’horizon 2022; en effet, les biomédicaments représentent 25% des dépenses de l’assurance maladie en France. En 2015, parmi les 10 médicaments les plus coûteux à l’hôpital , 7 étaient des biomédicaments.

La plupart des biosmiliaires concernent le traitement lourd des pathologies comme les maladies inflammatoires et le cancer (anticorps monoclonaux), mais on note aussi des produits plus courants comme certaines insulines , des anti-coagulants, des vaccins.

Ils sont tous administrés par voie injectable pour ne pas être détruits par le système digestif.

En quoi êtes vous concernés?

Il est prévu une interchangeabilité, en clair, le médecin peut décider de prescrire d’emblée un biosimilaire ou de  changer le médicament que vous preniez pour un biosimilaire , mais vous devez savoir que les trois conditions suivantes doivent être respectées:

  • informer le patient et recueillir son accord ;
  • assurer une surveillance clinique appropriée lors du traitement ;
  • assurer une traçabilité sur les produits concernés (le produit prescrit doit être inscrit dans le dossier du patient)

En résumé, si l’on veut que l’objectif de 80% de prescription de biosimilaire soit atteint , il faut la collaboration du patient….pour ne pas reproduire le « flop » des génériques pas assez expliqués et souvent imposés par les médecins et les pharmaciens

Il faut « informer pour convaincre «  CQFD

Pour en savoir plus

ESMYA: j’y crois, j’y crois plus…

Esmya, médicament considéré comme miraculeux par certains gynécologues, regardé avec inquiétude par des associations patients, vient de voir sa commercialisation suspendue.

La saga d’Esmya:

-28 février 2012: La commission européenne approuve la  commercialisation par les laboratoires Gedeon Richter  d’ Esmya dans  la prise en charge des fibromes; il s’agit  d’ulipristal acétate, un modulateur du récepteur de la progestérone,  qui diminue les saignements chez 90% des patientes porteuses de fibromes entraînant des saignements.

Au départ, il n’était autorisé que pour 3 mois et uniquement dans l’attente d’une chirurgie programmée, soit pour faire réduire la taille du fibrome et rendre l’intervention plus simple, soit pour arrêter les saignements et corriger l’anémie avant une intervention; les résultats cliniques étant spectaculaires, l’autorisation a été donnée en Mai 2015 de renouveler les traitements pour 3 nouveaux mois et de ne pas les réserver uniquement aux patientes relevant d’une indication chirurgicale.

La pharmacovigilance a fait état de 5 cas graves d’hépatite  chez des patientes prenant Esmya depuis sa commercialisation et une vingtaine de patientes ont présenté des anomalies biologiques hépatiques .

Aussi , dans  un communiqué du 9 février 2018, le Comité de pharmacovigilance européen (PRAC) recommande aux professionnels de santé :

  • de ne pas initier de nouveau traitement avec ESMYA 5 mg comprimé (ulipristal acétate),
  • de ne pas initier de nouveaux cycles de traitement (3 mois) chez les patientes prédemment traitées,
  • d’effectuer un bilan hépatique au moins une fois par mois chez les patientes en cours de traitement,
  • d’arrêter le traitement en cas de transaminases supérieures à deux fois la normale et de suivre la patiente de manière rapprochée (renouvellement du bilan 2 à 4 semaines après l’arrêt du traitement).
  • le service rendu sera réévalué

Morale de l’histoire: rien ne sert de courir à prescrire un médicament récent, il faut savoir attendre quelques années…

Cytotec®retiré du marché: est-il vraiment dangereux?

Les laboratoires Pfizer en accord avec l’agence nationale du médicament (ANSM) ont décidé d’arrêter la commercialisation du Cytotec® en Mars 2018: son utilisation  hors autorisation de mise sur le  marché (AMM) et les risques courus par les patients  pourraient engager la responsabilité des laboratoires et des prescripteurs.
Le Cytotec® est du MISOPROSTOL, de la famille des prostaglandines, commercialisé en 1987 pour traiter les ulcères et lésions gastro-duodénales, lors de la prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens; or, il se trouve que cette molécule induit des contractions au niveau des muscles lisses en particulier de l’utérus et favorise la dilatation du col de l’utérus.

Le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF) a établi en 2013 des recommandations sur l’usage hors autorisation de mise sur le marché du Misoprostol, validant son utilisation dans diverses situations:

En obstétrique

-interruptions volontaires ou médicales de grossesse surtout au premier trimestre, fausses-couches,  hémorragies

-déclenchement du  travail à terme sur des enfants viables et c’est bien de là qu’est venu le problème:  la brutalité des contractions obtenues , le risque de rupture utérine, les anomalies du rythme cardiaque fœtal consécutives à l’intensité des contractions en font à mon avis,  une indication dangereuse, avec une balance bénéfice/risque défavorable.

En gynécologie, nous l’avons pendant un certain temps prescrit pour les poses de dispositifs intra-utérins, les hystérocopies, avant que des études montrent l’absence d’efficacité versus placebo, avec un risque d’effets secondaires.

Pour conclure, le misoprostol a des intérêts évidents en gynécologie-obstétrique, mais il n’est pas dénué de risques.  Il continuera à être prescrit pour l’interruption médicamenteuse de grossesse (il est commercialisé actuellement  sous le nom de Gymiso® et MisoOne®); son utilisation détournée pour les déclenchements d’accouchement sur enfant vivant est proscrite en France.