Vestibulodynies: et si on pensait aussi à l’homéopathie

Les vestibulodynies sont définies par une hypersensibilité de la région vulvaire;  elles toucheraient 2% des patientes de moins de 20 ans et 7 à 8% des patientes  de 40 ans. Il est à noter que l’étude est américaine, faite par voie postale et donc biaisée.  (Harlow and al, 2014)
Cette douleur commence en général entre 25 et 35 ans ; les douleurs sont spontanées ou provoquées (rapports, activité physique, station assise prolongée).

Dans les causes, sont retrouvées dans 50% des cas les mycoses à répétition, mais aussi la ménopause, des traitements locaux répétés, des dermatoses comme le lichen scléreux vulvaire. Les femmes qui présentent des vulvodynies sont plus souvent anxieuses, déprimées, et ayant une plus grande peur de la douleur sans qu’on sache si c’est la cause ou la conséquence de ces douleurs chroniques invalidantes.

Le diagnostic  est souvent tardif: l’errance diagnostique est de 5 à 7 ans; il est pourtant très simple car il repose sur le « test du coton tige » ; il consiste à promener un coton tige en bas de la zone vulvaire; normalement aucune douleur n’est perçue; les femmes présentant une vestibulodynie ressentent cet effleurement comme extrêmement douloureux, décrivant des décharges électriques, des piqûres et en général font un bond de recul sur la table d’examen.

Ce test est assez simple à faire chez soi

La prise en charge est multidirectionnelle: massages, dilatations vaginales, relaxation périnéale, anesthésiques locaux, physiothérapie, thérapeutiques cognitives et comportementales,  consultation  psychologique, sexologique.

N’oublions pas que le tabac est un facteur d’aggravation de toutes les douleurs; les patientes qui fument sont hyperesthésiques (perçoivent la douleur plus tôt) et le tabac crèe une inflammation qui augmente la douleur. Il est donc conseillé d’arrêter de fumer

Pourquoi penser à l’homéopathie: elle peut d’une part , en faisant décrire précisément les sensations de la patiente conduire à prescrire des traitements pour rendre la douleur plus tolérable: arsenicum album 5 à 9 CH (douleur brûlante améliorée par la chaleur), causticum 5 à 9 CH (sensation d’écorchure ou de plaie à vif) , nitricum acidum 5 à 9 CH  (sensation d’écharde)…

Elle tient aussi compte de la personnalité de la patiente, de son terrain et peut traiter la personne dans sa globalité et prendre en charge les composantes anxieuses: Staphysagria 15 CH si on sent un sentiment d’injustice ou si les douleurs ont commencé après un traumatisme physique ou psychique, Ignatia 15 CH si les douleurs sont paradoxales avec des moments où il n’y a aucune douleur et d’autres périodes douloureuses, Arsenicum Album 15 CH (caractère méticuleux, toilettes excessives), Pulsatilla 15 CH(caractère docile, antécédents de mycoses à répétition), Nux vomica 15 CH(irritabilité, intolérance à la douleur)…

Une consultation spécialisée par un médecin ou une sage-femme est nécessaire pour adapter la prescription et coupler les traitements conventionnels aux traitements complémentaires dans une démarche de médecine intégrative, .

 

La douleur, un problème mondial « Self Care Be Your Best »

Il s’agit toujours des résultats de l’ enquête remarquable « Self Care Be Your best »

Rappelons que l’enquête a été commandée par Sanofi Santé Grand Public et mise en œuvre par Ipsos dans neuf pays (Etats-Unis, Mexique, Brésil, France, Italie, Allemagne, Russie, Australie et Japon) auprès de 18090 personnes de plus de 18 ans; l’échantillon national est représentatif en termes de sexe, âge, profession et région.

-Les maux de tête

22% des personnes dans le Monde ont eu mal à la tête au cours des 12 derniers mois. Seulement 2/5 ont été renseignés sur les traitements possibles. Les personnes ayant des enfants ont plus souvent mal à la tête que celles sans enfants (CQFD!!)

Globalement, les personnes se sont plus automédiquées pour les maux de tête que pour tout autre problème de santé.

-Les douleurs abdominales

63% déclarent avoir souffert de douleurs abdominales au moins une fois au cours des 12 derniers mois. Les moins de 35 ans ont plus de douleurs abdominales que les plus de 60 ans.

Les douleurs menstruelles

60% des femmes souffrent de douleurs menstruelles et 22% connaissent mal les traitements possibles

-le mal de dos

55%, plus de la moité des adultes dans le Monde ont mal au dos au moins une fois par mois.

Les femmes souffrent plus de douleurs dans le dos que les hommes (83%/74%)

28% des patients ont consulté directement un médecin pour leur mal de dos et presque 8/10

se sont vues prescrire un médicament.
74% ont été gênées par des douleurs de dos au travail au cours des 12 derniers mois;

30% des patients déclarent ne pas pouvoir remédier à leurs douleurs abdominales ou douleurs du dos sans consulter un professionnel de santé.

A retenir: la douleur est une problématique mondiale, fréquente.
Les douleurs abdominales et douleurs de dos concernent plus de la moitié de la population des neuf pays interrogés.

La réponse médicale n’est pas toujours adaptée et l’auto-médication est courante.

Si vous avez une ou un ado, vous devez lui offrir « les règles … quelle aventure »

J’ai participé à l’émission « allo-docteurs » dont le sujet portait sur les règles du 26 Février et j’ai ainsi rencontré Elise Thiebaut. Cette journaliste passionnante et passionnée a écrit un livre remarquable: « les règles… quelle aventure! » illustré par Mirion Malle (éditions « la ville brûle », 2017).
Ce livre a pour objectif de démystifier les règles, en expliquant leur but, pourquoi un tabou s’est installé autour de ce thème, pourquoi culturellement, nous en avons honte.

Je suis comme Elise persuadée que d’expliquer pourquoi les règles peuvent être ressenties comme douloureuses  peut diminuer les douleurs .

Quelques titres de chapitres pour vous faire comprendre la subtilité et l’humour du livre:

« Ce jour où tu vois rouge », « des superstitions bien saignantes », « les anglais débarquent: choisis ta protection rapprochée… »

Je suis gynécologue , donc en théorie professionnelle des règles; je suis une femme, donc je connais personnellement les règles; pour autant, j’ai appris beaucoup à la lecture de ce livre , en particulier sur l’historique des règles, l’implication de la religion, les superstitions; j’ai découvert le « flux instinctif libre » ou comment des femmes arrivent à « commander leurs règles » et la culotte menstruelle, une révolution pour celles qui ont des règles abondantes.

Vous commencez à voir rouge: c’est normal, courez acheter ce livre…

Et si cela vous plait, lisez ensuite « Ceci est mon sang » du même auteur

ESMYA: j’y crois, j’y crois plus…

Esmya, médicament considéré comme miraculeux par certains gynécologues, regardé avec inquiétude par des associations patients, vient de voir sa commercialisation suspendue.

La saga d’Esmya:

-28 février 2012: La commission européenne approuve la  commercialisation par les laboratoires Gedeon Richter  d’ Esmya dans  la prise en charge des fibromes; il s’agit  d’ulipristal acétate, un modulateur du récepteur de la progestérone,  qui diminue les saignements chez 90% des patientes porteuses de fibromes entraînant des saignements.

Au départ, il n’était autorisé que pour 3 mois et uniquement dans l’attente d’une chirurgie programmée, soit pour faire réduire la taille du fibrome et rendre l’intervention plus simple, soit pour arrêter les saignements et corriger l’anémie avant une intervention; les résultats cliniques étant spectaculaires, l’autorisation a été donnée en Mai 2015 de renouveler les traitements pour 3 nouveaux mois et de ne pas les réserver uniquement aux patientes relevant d’une indication chirurgicale.

La pharmacovigilance a fait état de 5 cas graves d’hépatite  chez des patientes prenant Esmya depuis sa commercialisation et une vingtaine de patientes ont présenté des anomalies biologiques hépatiques .

Aussi , dans  un communiqué du 9 février 2018, le Comité de pharmacovigilance européen (PRAC) recommande aux professionnels de santé :

  • de ne pas initier de nouveau traitement avec ESMYA 5 mg comprimé (ulipristal acétate),
  • de ne pas initier de nouveaux cycles de traitement (3 mois) chez les patientes prédemment traitées,
  • d’effectuer un bilan hépatique au moins une fois par mois chez les patientes en cours de traitement,
  • d’arrêter le traitement en cas de transaminases supérieures à deux fois la normale et de suivre la patiente de manière rapprochée (renouvellement du bilan 2 à 4 semaines après l’arrêt du traitement).
  • le service rendu sera réévalué

Morale de l’histoire: rien ne sert de courir à prescrire un médicament récent, il faut savoir attendre quelques années…

Ostéoporose: un os dans le surtraitement

Finis les diagnostics d’ostéopénie et les traitements en excès.

Les recommandations de la haute autorité de santé précisent les modalités de dépistage de l’ostéoporose et sa prise en charge.

Rappelons que l’ostéoporose est une maladie de l’os induisant une réduction de la résistance osseuse qui augmente le risque de fractures. La principale cause de l’ostéoporose est l’âge, mais elle peut être aussi induite par certains médicaments ou pathologies (corticothérapie prolongée, troubles thyroïdiens…)

Il existe des facteurs génétiques qui prédisposent (fracture du col fémoral chez un parent), des facteurs constitutionnels (maigreur avec indice de masse corporelle inférieur à 19), des facteurs hormonaux (ménopause avant 40 ans), des facteurs d’hygiène de vie (tabagisme, sédentarité)

Le diagnostic est posé devant la réalisation d’une ostéométrie ou densitométrie osseuse qui mesure la Densité Minérale Osseuse sur deux sites , le rachis lombaire et l’extrémité supérieure du fémur. Cependant, cet examen n’est pas prédictif à lui-seul des risques de fracture. Les résultats sont indiqués en T score (écart entre la densité osseuse mesurée et la densité osseuse théorique de l’adulte jeune, de même sexe, au même site osseux) et  exprimés en déviation standard DS par rapport à une population de référence.

La réalisation d’une ostéométrie n’est indiquée que sur facteurs de risque et pas en systématique.

L’ostéodensitométrie par méthode biphotonique est la méthode de référence pour mesurer la densité minérale osseuse. Elle est prise en charge (remboursée à 70 % sur la base d’un tarif fixé à 39,96 €), sur prescription médicale, uniquement  pour les patients présentant les facteurs de risques médicaux de l’ostéoporose qui rendent nécessaire cet examen; seules sont validées  en première intention  les indications suivantes :

-dans la population générale, en cas de fracture évocatrice d’une fracture ostéoporotique ou d’une maladie connue comme donnant des problèmes d’ostéoporose

-chez les femmes ménopausées, en cas de fracture du col fémoral chez un parent du premier degré, de ménopause avant 40 ans, d’IMC inf à 19, de corticothérapie supérieure à 3 mois

L’indication thérapeutique ne doit pas être posée sur les seules données de l’ostéodensitométrie, mais sur la coexistence de facteurs de risque. La notion d’ostéopénie a disparu des recommandations car elle engendrait un surtraitement de 25% et était anxiogène.

L’ostéoporose nécessitant une prise en charge est définie par l’existence d’une fracture ostéoporotique, ou un T score inférieur à 2.5 DS avec association d’autres facteurs de risque ou une diminution importante de la densité osseuse (T score inf à 3 DS); ce n’est que dans ces cas qu’un traitement médical est indiqué.

Les recommandations précisent qu’il est important de corriger une carence en vitamine D, d’avoir une alimentation équilibrée, d’arrêter l’intoxication tabagique, de pratiquer un exercice physique.

Les traitements médicaux seront détaillés dans un prochain article.

https://www.has-sante.fr/portail/jcms/c…/les-medicaments-de-l-osteoporose-fiche-bum

A retenir:

dessin d'un bloc-noteL’ostéodensitométrie ne doit pas être prescrite systématiquement

La notion d’ostéopénie n’existe plus.

Une ostéoporose constatée sur des données ostéodensitométriques n’est pas obligatoirement  une indication de traitement.

Sexualité et cancer du sein: levons les tabous

Du 10 au 12 Janvier 2018, a lieu à Nice le 16è cours francophone sur les cancers du sein et les cancers gynécologiques.

L’occasion d’aborder dans une session de psycho-oncologie la problématique de la sexualité chez les patientes atteintes d’un cancer du sein.

Natacha Espié, psychologue et présidente de Europa Donna (association qui rassemble et informe les femmes dans la  lutte contre le cancer du sein ) a illustré sa présentation de différents cas cliniques permettant d’affirmer que chaque histoire est différente et que chaque histoire est celle d’un couple, avec deux vécus parfois opposés de la situation.

Parmi les problématiques fréquemment évoquées par les patientes, celle d’une image corporelle modifiée par la chirurgie, en particulier l’ablation du sein, altérée par la chimiothérapie (pertes des poils pubiens et des cheveux) ou l’hormonothérapie (prise de poids), celle d’une sécheresse vaginale, conséquence de la ménopause induite par la chimiothérapie ou de l’arrêt des traitements hormonaux de la ménopause ou des traitements anti-hormonaux prescrits, celle d’une baisse de désir de la patiente et /ou  du partenaire, conséquence de l’annonce du cancer.

Les solutions thérapeutiques passent par des consultations de psychologie, des solutions locales  pour combattre la sécheresse vaginale: crèmes à l’acide hyaluronique, injection d’acide hyaluronique, laser, massages; l’occasion au docteur  Marc Espié de rappeler qu’il est possible de prescrire des crèmes contenant des hormones à une femme qui a eu un cancer du sein.

La qualité de la sexualité pendant les traitements ou après les traitements pour le cancer du sein dépend beaucoup de celle qui précédait la découverte du cancer.

Le rôle du ou de la partenaire a été souligné: c’est dans le regard de « sa » ou « son » partenaire, que la patiente va se sentir désirée et désirable; l’image dans le miroir ne doit pas être la seule référence.

Nous, les médecins ,  avons tous souligné que nous n’abordions pas systématiquement le risque de troubles sexuels chez les femmes prises en charge pour un cancer du sein, par manque de temps, par pudeur, par manque de compétence pour proposer des prises en charge, mais aussi parce que ces troubles sont considérés comme accessoires par rapport à la survie: ils peuvent être pourtant, pour certaines femmes, très importants pour la qualité de la vie dans l’après cancer.

Deux messages à passer aux patientes:

-osez en parler au médecin généraliste, oncologue, gynécologue des difficultés sexuelles que vous pouvez rencontrer.

-osez en parler avec votre partenaire  car il ou elle  joue un rôle très important pour que vous vous sentiez désirable et éprouviez du désir.

 

Pour en savoir plus:

https://www.ligue-cancer.net/shared/brochures/sexualite-cancer-femme.pdf

 

On ne manque pas de Pau: Retour d’Infogyn Accompagnement des douleurs articulaires sous anti-aromatases par l’homéopathie

Le congrès de gynéoclogie-obstétrique, Infogyn, a eu lieu à Pau du 4 au 6 Octobre 2017.

Parmi les thèmes du congrès, se déroulait un symposium autour de l’accompagnement homéopathique du cancer de la femme: diagnostic et annonce, situations pré et post-opératoire, radiothérapie et hormonothérapie.

Photo prise durant mon intervention au congrès

L’occasion pour moi de présenter l’accompagnement des douleurs articulaires sous anti-aromatases, lors de la prise en charge des cancers du sein des femmes ménopausées.
80% des cancers du sein sont hormono-dépendants (tumeurs porteuses de récepteurs à hormones); dans ces cas, après les phases de chirurgie, radiothérapie, plus ou moins chimiothérapie, les patientes ménopausées se voient prescrire un traitement par anti-aromatases. Le but de ce traitement est d’empêcher la transformation d’androgènes (hormones mâles ) en oestrogènes (hormones féminines), sensées « stimuler » les cellules cancéreuses.

Ces traitements prescrits pour diminuer le taux de récidives,  présentent des effets secondaires ressemblant aux symptômes de ménopause, en particulier des douleurs articulaires qui conduisent à l’arrêt du traitement dans 20% des cas en moyenne.

Une étude * a été réalisée dans deux centres hospitaliers (Troyes et Reims) et compare deux populations de femmes traitées par anti-aromatases  avec et sans homéopathie. Elle montre que la prescription de deux médicaments homéopathiques pris pendant 3 mois:

RUTA GRAVEOLENS 5 CH et RHUS TOX 9 CH: 5 granules de chaque matin et soir,

diminue significativement les douleurs et les raideurs articulaires. Cette action s’accompagne logiquement d’une baisse de la consommation d’antalgiques et d’une améliora

A commencer sans modération 3 jours avant le début des anti-aromatases pour une action préventive; arrêter au bout de 15 jours si aucune douleur n’apparaît; augmenter la fréquence à 3 à 6 fois par jour si des douleurs sont gênantes  puis espacer suivant amélioration.

 

*Karp J.C, Sanchez C., Guilbert P., Mina W., Demonceaux A., Curé H

Treatment with Ruta graveolens 5 CH and Rhus tox 9 CH may reduce joint pain and stiffness linked to aromatase inhibitors in women with early breast cancer : results of a pilot observational study

Homeopathy, 2016, vol 105, 4, 299-309