Ostéoporose: un os dans le surtraitement

Finis les diagnostics d’ostéopénie et les traitements en excès.

Les recommandations de la haute autorité de santé précisent les modalités de dépistage de l’ostéoporose et sa prise en charge.

Rappelons que l’ostéoporose est une maladie de l’os induisant une réduction de la résistance osseuse qui augmente le risque de fractures. La principale cause de l’ostéoporose est l’âge, mais elle peut être aussi induite par certains médicaments ou pathologies (corticothérapie prolongée, troubles thyroïdiens…)

Il existe des facteurs génétiques qui prédisposent (fracture du col fémoral chez un parent), des facteurs constitutionnels (maigreur avec indice de masse corporelle inférieur à 19), des facteurs hormonaux (ménopause avant 40 ans), des facteurs d’hygiène de vie (tabagisme, sédentarité)

Le diagnostic est posé devant la réalisation d’une ostéométrie ou densitométrie osseuse qui mesure la Densité Minérale Osseuse sur deux sites , le rachis lombaire et l’extrémité supérieure du fémur. Cependant, cet examen n’est pas prédictif à lui-seul des risques de fracture. Les résultats sont indiqués en T score (écart entre la densité osseuse mesurée et la densité osseuse théorique de l’adulte jeune, de même sexe, au même site osseux) et  exprimés en déviation standard DS par rapport à une population de référence.

La réalisation d’une ostéométrie n’est indiquée que sur facteurs de risque et pas en systématique.

L’ostéodensitométrie par méthode biphotonique est la méthode de référence pour mesurer la densité minérale osseuse. Elle est prise en charge (remboursée à 70 % sur la base d’un tarif fixé à 39,96 €), sur prescription médicale, uniquement  pour les patients présentant les facteurs de risques médicaux de l’ostéoporose qui rendent nécessaire cet examen; seules sont validées  en première intention  les indications suivantes :

-dans la population générale, en cas de fracture évocatrice d’une fracture ostéoporotique ou d’une maladie connue comme donnant des problèmes d’ostéoporose

-chez les femmes ménopausées, en cas de fracture du col fémoral chez un parent du premier degré, de ménopause avant 40 ans, d’IMC inf à 19, de corticothérapie supérieure à 3 mois

L’indication thérapeutique ne doit pas être posée sur les seules données de l’ostéodensitométrie, mais sur la coexistence de facteurs de risque. La notion d’ostéopénie a disparu des recommandations car elle engendrait un surtraitement de 25% et était anxiogène.

L’ostéoporose nécessitant une prise en charge est définie par l’existence d’une fracture ostéoporotique, ou un T score inférieur à 2.5 DS avec association d’autres facteurs de risque ou une diminution importante de la densité osseuse (T score inf à 3 DS); ce n’est que dans ces cas qu’un traitement médical est indiqué.

Les recommandations précisent qu’il est important de corriger une carence en vitamine D, d’avoir une alimentation équilibrée, d’arrêter l’intoxication tabagique, de pratiquer un exercice physique.

Les traitements médicaux seront détaillés dans un prochain article.

https://www.has-sante.fr/portail/jcms/c…/les-medicaments-de-l-osteoporose-fiche-bum

A retenir:

dessin d'un bloc-noteL’ostéodensitométrie ne doit pas être prescrite systématiquement

La notion d’ostéopénie n’existe plus.

Une ostéoporose constatée sur des données ostéodensitométriques n’est pas obligatoirement  une indication de traitement.

Cytotec®retiré du marché: est-il vraiment dangereux?

Les laboratoires Pfizer en accord avec l’agence nationale du médicament (ANSM) ont décidé d’arrêter la commercialisation du Cytotec® en Mars 2018: son utilisation  hors autorisation de mise sur le  marché (AMM) et les risques courus par les patients  pourraient engager la responsabilité des laboratoires et des prescripteurs.
Le Cytotec® est du MISOPROSTOL, de la famille des prostaglandines, commercialisé en 1987 pour traiter les ulcères et lésions gastro-duodénales, lors de la prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens; or, il se trouve que cette molécule induit des contractions au niveau des muscles lisses en particulier de l’utérus et favorise la dilatation du col de l’utérus.

Le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF) a établi en 2013 des recommandations sur l’usage hors autorisation de mise sur le marché du Misoprostol, validant son utilisation dans diverses situations:

En obstétrique

-interruptions volontaires ou médicales de grossesse surtout au premier trimestre, fausses-couches,  hémorragies

-déclenchement du  travail à terme sur des enfants viables et c’est bien de là qu’est venu le problème:  la brutalité des contractions obtenues , le risque de rupture utérine, les anomalies du rythme cardiaque fœtal consécutives à l’intensité des contractions en font à mon avis,  une indication dangereuse, avec une balance bénéfice/risque défavorable.

En gynécologie, nous l’avons pendant un certain temps prescrit pour les poses de dispositifs intra-utérins, les hystérocopies, avant que des études montrent l’absence d’efficacité versus placebo, avec un risque d’effets secondaires.

Pour conclure, le misoprostol a des intérêts évidents en gynécologie-obstétrique, mais il n’est pas dénué de risques.  Il continuera à être prescrit pour l’interruption médicamenteuse de grossesse (il est commercialisé actuellement  sous le nom de Gymiso® et MisoOne®); son utilisation détournée pour les déclenchements d’accouchement sur enfant vivant est proscrite en France.

 

Appel aux professionnels de santé

Bonjour,

je suis heureuse de constater chaque semaine que mon blog est visité régulièrement et qu’il l’est de plus en plus par des professionnels de santé, médecins, pharmaciens, sages-femmes.

Aussi, j’ai décidé de créer un espace qui nous permettra entre professionnels de santé de converser sur la prise en charge globale des patients, les indications et les limites des traitements homéopathiques.

L’objectif est de pouvoir  faire bénéficier ces professionnels de santé de mon expérience en tant que gynéco-obstétricienne et homéopathe et d’échanger sur nos pratiques.

Si vous êtes professionnels de santé, intéressés par cette nouvelle rubrique, je vous invite à nous rejoindre dans l’espace réservé , en me demandant grâce au  formulaire de contact un mot de passe.

A bientôt sur cet espace professionnel pour le plus grand bien de nos patients

Homéopathie, phytothérapie, aromathérapie: ne pas confondre (3)

Naturel ne signifie pas sécurisant; nous médecins, devons veiller à la non-dangerosité des produits ou médicaments que nous conseillons; nous appelons cela l’innocuité.

L’homéopathie ne présente aucun danger ; en deux siècles d’existence, aucun décès n’a pu être déploré suite à l’utilisation de médicaments homéopathiques.

Des effets secondaires sont parfois décrits mais qui relèvent d’une réaction particulièrement importante de l’organisme au médicament judicieusement prescrit et  n’entraînent aucun danger vital.

La phytothérapie est connue comme étant potentiellement toxique.
Dans l’histoire, nombreux sont les criminels qui ont utilisé des plantes pour tuer femme, mère ou ennemi

mortier

5% des intoxications seraient liées à des plantes   (Les intoxications signalées aux centres antipoison français en 2006  La revue du praticien, 2008, vol 58 : 825-831)

La pratique de la phytothérapie  nécessite donc une parfaite connaissance des posologies à prescrire.

L’aromathérapie est, elle aussi, potentiellement dangereuse : elle peut provoquer des effets potentiellement graves si la posologie et la durée de prise ne sont pas respectées ; il existe des risques d’allergie, mais aussi de photosensibilisation (risque de coups de soleil avec les huiles essentielles de bergamote, citron, mandarine..) ; l’aromathérapie est contre-indiquée en cas branche de romarind’insuffisance rénale et certains produits comme les terpènes sont toxiques pour le rein; la toxicité  neurologique est possible  avec risque de convulsions comme par exemple avec l’huile essentielle d’eucalyptus, de girofle, de niaouli, de romarin et cette liste n’est pas exhaustive.. Les précautions d’emploi sont très nombreuses: l’aromathérapie est à utiliser avec une extrême prudence chez les femmes enceintes surtout dans les trois premiers feuilles d'eucalyptusmois de la grossesse (les huiles essentielles contenant des cétones sont abortives à forte dose, comme l’huile essentielle d’eucalyptus, de menthe poivrée, de sauge…) , les nourrissons, personnes allergiques et même chez les animaux. L’huile essentielle de cyprès est déconseillée chez les patients soignés pour un cancer de prostate ou en cas de mastose. Les huiles essentielles contenant des phénols sont dangereux pour le foie à haute dose (aneth, citron, cypres, pin etc…) Les huiles essentielles riches en monoterpènes (cyprès, sapin, pin ou genévrier) sont toxiques pour les reins.

Flacons vides avec étiquette toxique

Je suis atterrée de voir les produits d’aromathérapie dans les grandes surfaces (et même certaines librairies!) sans mise en garde…

 

dessin d'un bloc-note

A retenir

Homéopathie: innocuité

Phytothérapie et aromathérapie: prudence, demandez conseil à votre pharmacien, médecin , attention à l’auto-médication

Homéopathie, phytothérapie, aromathérapie: ne pas confondre! (2)

En thérapeutique, nous parlons d’indications et de limites..Les médecines complémentaires en ont aussi, qu’il convient de bien connaitre pour en diminuer les risques.

panneau signalétique exclamation

L’homéopathie permet de prévenir et de traiter certains symptômes; nous, homéopathes,  pensons que le symptôme est la conséquence d’un déséquilibre de l’organisme, par exemple à la suite d’une agression par un agent étranger (virus, bactéries..)

Le médicament homéopathique va être prescrit pour aider l’organisme à mieux fonctionner, à se rééquilibrer.

Ainsi l’homéopathie est très adaptée à la prise en charge de symptômes fonctionnels aigus comme les rhumes, les syndromes grippaux, les suites de traumatismes, les symptômes fonctionnels gynécologiques (bouffées de chaleur, douleurs de règles, syndrome prémenstruel, mycoses, cystites..), mais aussi les troubles chroniques qui dépendent du terrain du patient (cf blog sur la notion de terrain): troubles du sommeil, troubles anxieux. Comme elle n’est jamais « anti-organisme », elle améliore aussi son fonctionnement global quel que soit l’organe (système digestif, système immunitaire..).

Pouvoir traiter les petits maux de la femme enceinte sans risque,  accompagner l’accouchement, l’allaitement , sans risque pour le bébé, est une grande force de l’homéopathie.

L’homéopathie est pertinente en accompagnement des pathologies lourdes en raison de l’efficacité et de l’absence d’interaction médicamenteuse; en effet toutes ces pathologies ont en commun la nécessité de traitements conventionnels efficaces mais pourvoyeurs d’effets secondaires, ce que l’homéopathie peut améliorer sans nuire au traitement; c’est le cas des cancers, maladies neuro-dégénératives: sclérose en plaques par exemple, maladies inflammatoires intestinales, pathologies rhumatismales…

Ses seules limites sont ses non-indications: l’homéopathie ne traite pas les cancers, les septicémies, les appendicites aigues etc…S’auto-médiquer en homéopathie nécessite d’être certain du diagnostic et de la non -nécessité de recourir à un traitement conventionnel médicamenteux ou chirurgical. Attention aussi aux « thérapeutes » non médecins qui conseillent l’homéopathie, mais qui n’ont pas la compétence de poser un diagnostic et une indication thérapeutique.

 

La phytothérapie est indiquée  dans la prise en charge des symptômes aigus fonctionnels (syndrome grippal, troubles fonctionnels gynécologiques, douleurs rhumastismales..) ; elle peut aussi être préventive (prévention par la canneberge des infections urinaires à Escherichia coli). Elle est très intéressante en détoxification du foie, des reins, de la peau.  Elle peut rendre service dans la prise en charge des troubles du sommeil, des troubles anxieux car elle ne présente pas de risque d’accoutumance, mais attention aux interactions: par exemple le millepertuis, « anti-dépresseur naturel » ne peut pas être prescrit conjointement à la pilule contraceptive car il diminue son effet. Elle ne peut modifier les terrains et doit être utilisée avec une extrême prudence en cas de pathologie chronique en raison des risques d’interactions médicamenteuses avec les traitements conventionnels.

 

L’aromathérapie est indiquée en cas de troubles fonctionnels aigus , de troubles du sommeil, de troubles anxieux; elle est volontiers conseillée pour améliorer le fonctionnement de certains organes, en particulier le foie, les reins, le système digestif en général. On parle de propriétés anti-spasmodiques, stimulantes des voies digestives, anti-infectieuses, sédatives.

 

panneau signalétique AttentionSes limites sont la dangerosité de certaines huiles essentielles; certains risques sont bien identifiés, mais d’autres dépendent de la personne, surtout  les risques allergiques et ne peuvent être prévenus. Faire particulièrement attention en cas de grossesse car une réaction allergique peut être dangereuse pour le foetus et demander toujours conseil à un professionnel de santé (médecin, pharmacien, sage-femme), formé en aromathérapie.

 

A retenir:

dessin d'un bloc-noteHoméopathie, phytothérapie et aromathérapie peuvent soulager des symptômes aigus fonctionnels , peuvent améliorer le fonctionnement d’organes et prévenir certaines pathologies comme les infections à répétition. Dans les symptômes fonctionnels et après diagnostic posé par un professionnel de santé, ils ont une indication en première intention

Seule l’homéopathie ne présente pas de contre-indications, ni d’interactions médicamenteuses, rendant son utilisation très sécurisante en cas de grossesse ou de pathologies lourdes traitées par des médicaments allopathiques.

 

 

 

 

Homéopathie, Phytothérapie, Aromathérapie: ne pas confondre ! (1)

Les médecines dites naturelles sont très à la mode; elles sont souvent associées à des notions de « douceur », « innocuité »,  mais sont-elles vraiment naturelles et sans danger?

 

Les patients et les médecins confondent volontiers toutes ces thérapeutiques; on entend « l’homéopathie, c’est des plantes », « je suis soigné en homéopathie » alors que le complément alimentaire pris ne contient pas de médicament homéopathique mais de la phytothérapie, « ne prenez pas d’homéopathie, dit un oncologue, ça peut interférer avec la chimio », ce qui est complètement faux; n’oublions pas que nous médecins, n’avons jamais eu d’information. Essayons d’y voir plus clair.

Avant de voir les différences, quels sont les points communs?  L’homéopathie, la phytothérapie et l’aromathérapie sont à la portée de tous; c’est séduisant de pouvoir traiter ses petits symptômes sans être obligé de consulter; de nombreux ouvrages grand public permettent de « se soigner ». Le problème est que certaines thérapeutiques peuvent avoir des risques pour votre santé et qu’il faut un diagnostic précis pour choisir la méthode thérapeutique adaptée.

Dans ce premier article, voyons à partir de quoi sont fabriqués les médicaments homéopathiques et les produits de phytothérapie ou d’aromathérapie.

abeille près d'une fleur

L’homéopathie consiste à la fin d’un interrogatoire précis à conseiller un ou des médicaments homéopathiques; ces médicaments peuvent être d’origine naturelle ; c’est le cas de

souches minérales comme la silice, le fer; animales comme l’abeille, la vipère, végétales comme l’arnica des montagnes, l’anémone pulsatille;  les médicaments homéopathiques peuvent aussi être fabriqués à partir de souches chimiques comme des dilutions de cortisone. Toutes les souches ne sont donc pas naturelles.

 

 

Les médicaments homéopathiques sont des « médicaments » comme leur nom le précise et ont un statut particulier qui permet en général le remboursement sur prescription par un médecin ou une sage-femme, pour les tubes granules et doses globules unitaires (ex Arnica 9 CH).

 

La phytothérapie est d’origine uniquement végétale.

Dans l’organisme, le médicament apporté à des doses pondérales donc moléculaires  va être métabolisé comme un médicament allopathique (passage hépatique, action d’enzymes)

Le produit issu de la phytothérapie agit comme tout médicament allopathique lorsqu’il est prescrit pour lutter contre des symptômes. D’ailleurs, de nombreuses plantes sont à l’origine de médicaments allopathiques qui exploitent une ou deux molécules essentielles de la plante. Par exemple, la morphine et la codéine sont extraites de l’opium, suc du pavot blanc ; l’aspirine provient du saule blanc, l’atropine de la belladone…

Les préparations phytothérapiques peuvent se présenter sous plusieurs formes : tisanes qui sont la source de la phytothérapie traditionnelle, mais aussi « phytomédicaments » commercialisés en  poudres, extraits hydro-alcooliques de plantes fraiches (extraits secs, teinture mère) conditionnés en gélules, comprimés, solutions.  La plupart des produits de phytothérapie ont des statuts de compléments alimentaires, sans la sécurité du médicament et ne sont pas remboursés.

L’aromathérapie est l’utilisation médicale des extraits aromatiques de plantes, essences et huiles essentielles. Une huile essentielle correspond à la fraction odorante volatile extraite des organes sécréteurs d’un végétal par distillation à la vapeur d’eau de la plante aromatique. Les agrumes ne donnent pas d’huiles essentielles, mais des essences obtenues par expression à froid. Son principe est donc différent de la phytothérapie qui n’utilise pas que la fraction volatile de la plante. Les huiles essentielles peuvent être administrées par voie respiratoire (diffuseur, inhalation), par voie transcutanée ou par voie orale (gargarismes, gouttes) ou rectale.

Le terme « phyto-aromathérapie » est fréquemment employé illustrant la proximité de ces deux thérapeutiques.

 

  A retenir:

phytothérapie: souches végétales

aromathérapie: souches végétales

homéopathie: souches végétales, minérales, animales , chimiques

Phytothérapie en général compléments alimentaires

Homéopathie: MEDICAMENTS