Ostéoporose: un os dans le surtraitement

Finis les diagnostics d’ostéopénie et les traitements en excès.

Les recommandations de la haute autorité de santé précisent les modalités de dépistage de l’ostéoporose et sa prise en charge.

Rappelons que l’ostéoporose est une maladie de l’os induisant une réduction de la résistance osseuse qui augmente le risque de fractures. La principale cause de l’ostéoporose est l’âge, mais elle peut être aussi induite par certains médicaments ou pathologies (corticothérapie prolongée, troubles thyroïdiens…)

Il existe des facteurs génétiques qui prédisposent (fracture du col fémoral chez un parent), des facteurs constitutionnels (maigreur avec indice de masse corporelle inférieur à 19), des facteurs hormonaux (ménopause avant 40 ans), des facteurs d’hygiène de vie (tabagisme, sédentarité)

Le diagnostic est posé devant la réalisation d’une ostéométrie ou densitométrie osseuse qui mesure la Densité Minérale Osseuse sur deux sites , le rachis lombaire et l’extrémité supérieure du fémur. Cependant, cet examen n’est pas prédictif à lui-seul des risques de fracture. Les résultats sont indiqués en T score (écart entre la densité osseuse mesurée et la densité osseuse théorique de l’adulte jeune, de même sexe, au même site osseux) et  exprimés en déviation standard DS par rapport à une population de référence.

La réalisation d’une ostéométrie n’est indiquée que sur facteurs de risque et pas en systématique.

L’ostéodensitométrie par méthode biphotonique est la méthode de référence pour mesurer la densité minérale osseuse. Elle est prise en charge (remboursée à 70 % sur la base d’un tarif fixé à 39,96 €), sur prescription médicale, uniquement  pour les patients présentant les facteurs de risques médicaux de l’ostéoporose qui rendent nécessaire cet examen; seules sont validées  en première intention  les indications suivantes :

-dans la population générale, en cas de fracture évocatrice d’une fracture ostéoporotique ou d’une maladie connue comme donnant des problèmes d’ostéoporose

-chez les femmes ménopausées, en cas de fracture du col fémoral chez un parent du premier degré, de ménopause avant 40 ans, d’IMC inf à 19, de corticothérapie supérieure à 3 mois

L’indication thérapeutique ne doit pas être posée sur les seules données de l’ostéodensitométrie, mais sur la coexistence de facteurs de risque. La notion d’ostéopénie a disparu des recommandations car elle engendrait un surtraitement de 25% et était anxiogène.

L’ostéoporose nécessitant une prise en charge est définie par l’existence d’une fracture ostéoporotique, ou un T score inférieur à 2.5 DS avec association d’autres facteurs de risque ou une diminution importante de la densité osseuse (T score inf à 3 DS); ce n’est que dans ces cas qu’un traitement médical est indiqué.

Les recommandations précisent qu’il est important de corriger une carence en vitamine D, d’avoir une alimentation équilibrée, d’arrêter l’intoxication tabagique, de pratiquer un exercice physique.

Les traitements médicaux seront détaillés dans un prochain article.

https://www.has-sante.fr/portail/jcms/c…/les-medicaments-de-l-osteoporose-fiche-bum

A retenir:

dessin d'un bloc-noteL’ostéodensitométrie ne doit pas être prescrite systématiquement

La notion d’ostéopénie n’existe plus.

Une ostéoporose constatée sur des données ostéodensitométriques n’est pas obligatoirement  une indication de traitement.

Homéopathie, phytothérapie, aromathérapie: ne pas confondre! (4)

Nombreux sont les patients qui prennent des médicaments: somnifères pour dormir, antihypertenseurs, hypocholestérolémiants, antidiabétiques, antiinflammatoires… Mais ils ignorent souvent que certaines médecines naturelles ne sont pas toujours compatibles avec leurs médicaments: nous appelons cela les « interactions médicamenteuses », qui peuvent être réellement dangereuses. Elles peuvent diminuer l’efficacité d’une thérapeutique, ou au contraire potentialiser ses effets, avec le risque d’une toxicité.

 

En ce qui concerne l’homéopathie, aucune interaction médicamenteuse n’a été pour l’instant montrée comme en témoigne une étude Cochrane* ; il est toujours précisé de prendre le médicament homéopathique en dehors de toute prise alimentaire ou médicamenteuse pour permettre à l’information délivrée par le médicament homéopathique de ne pas être perturbée, mais pas en raison des risques;  l’homéopathie aide l’organisme à mieux fonctionner et n’agit pas au niveau du foie comme les médicaments allopathiques.  Il est possible qu’il y ait des interactions entre différents médicaments homéopathiques, qui agissent selon le même mode d’action, méconnu à ce jour. C’est la raison pour laquelle il est traditionnellement conseillé de ne pas administrer en même temps des médicaments homéopathiques d’indication différente (l’association n’est pas dangereuse mais on ignore alors quel médicament va faire réagir l’organisme en priorité); suivez bien les recommandations du médecin ou pharmacien.

*Kassab S, Cummings M, Berkovitz S, Van Haselen R, Fisher P

Homeopathic medicines for adverse effects of cancer treatments (review)

Cochrane database of Systematic reviews, Issue 2, 200

En phytothérapie , les interactions du millepertuis à dose pondérale, avec les contraceptions orales, ou certains anti-cancéreux sont maintenant bien connues; le millepertuis augmente l’effet du  cytochrome p450 3 A4 dans le foie et l’intestin;  or le cytochrome 450 intervient dans le métabolisme des médicaments et  accélère leur dégradation. Ainsi la prise de millepertuis peut diminuer de plus de 25%  l’effet de la digoxine, de contraceptifs oraux, de la ciclosporine, de la simvastatine.  A l’inverse, le millepertuis peut potentialiser l’effet des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine avec apparition d’un syndrome sérotoninergique (céphalées, agitation, nausées, tremblements, confusion…) .La valériane module la fonction du récepteur GABA-A (gamma-aminobutyrique, neurotransmetteur inhibiteur du cerveau)  et peut ainsi potentialiser l’effet sédatif des benzodiazépines. La réglisse contient de la glycyrrhizine qui peut avoir un effet de type minéralocorticoïde et atténuer l’effet de la spironolactone. Le thé vert empêche l’absorption du fer. Et ce ne sont que quelques exemples; le risque d’interaction existe et n’est pas toujours référencé (manque d’études et les patients ne précisent pas toujours qu’ils prennent de la phytothérapie)

 

L’aromathérapie peut aussi présenter des interactions médicamenteuses : par exemple, les huiles essentielles de gaulthérie, d’hélichryse sont contre-indiquées avec la prise d’anticoagulants car elles sont fluidifiantes du sang.

 

A retenir:

dessin d'un bloc-noteHoméopathie aucune interaction médicamenteuse

Phytothérapie et Aromathérapie: Prudence ++++ demander conseil toujours au médecin ou pharmacien si vous prenez des médicaments allopathiques; attention à l’auto-médication.

 

 

 

Cytotec®retiré du marché: est-il vraiment dangereux?

Les laboratoires Pfizer en accord avec l’agence nationale du médicament (ANSM) ont décidé d’arrêter la commercialisation du Cytotec® en Mars 2018: son utilisation  hors autorisation de mise sur le  marché (AMM) et les risques courus par les patients  pourraient engager la responsabilité des laboratoires et des prescripteurs.
Le Cytotec® est du MISOPROSTOL, de la famille des prostaglandines, commercialisé en 1987 pour traiter les ulcères et lésions gastro-duodénales, lors de la prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens; or, il se trouve que cette molécule induit des contractions au niveau des muscles lisses en particulier de l’utérus et favorise la dilatation du col de l’utérus.

Le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF) a établi en 2013 des recommandations sur l’usage hors autorisation de mise sur le marché du Misoprostol, validant son utilisation dans diverses situations:

En obstétrique

-interruptions volontaires ou médicales de grossesse surtout au premier trimestre, fausses-couches,  hémorragies

-déclenchement du  travail à terme sur des enfants viables et c’est bien de là qu’est venu le problème:  la brutalité des contractions obtenues , le risque de rupture utérine, les anomalies du rythme cardiaque fœtal consécutives à l’intensité des contractions en font à mon avis,  une indication dangereuse, avec une balance bénéfice/risque défavorable.

En gynécologie, nous l’avons pendant un certain temps prescrit pour les poses de dispositifs intra-utérins, les hystérocopies, avant que des études montrent l’absence d’efficacité versus placebo, avec un risque d’effets secondaires.

Pour conclure, le misoprostol a des intérêts évidents en gynécologie-obstétrique, mais il n’est pas dénué de risques.  Il continuera à être prescrit pour l’interruption médicamenteuse de grossesse (il est commercialisé actuellement  sous le nom de Gymiso® et MisoOne®); son utilisation détournée pour les déclenchements d’accouchement sur enfant vivant est proscrite en France.

 

Homéopathie, phytothérapie, aromathérapie: ne pas confondre (3)

Naturel ne signifie pas sécurisant; nous médecins, devons veiller à la non-dangerosité des produits ou médicaments que nous conseillons; nous appelons cela l’innocuité.

L’homéopathie ne présente aucun danger ; en deux siècles d’existence, aucun décès n’a pu être déploré suite à l’utilisation de médicaments homéopathiques.

Des effets secondaires sont parfois décrits mais qui relèvent d’une réaction particulièrement importante de l’organisme au médicament judicieusement prescrit et  n’entraînent aucun danger vital.

La phytothérapie est connue comme étant potentiellement toxique.
Dans l’histoire, nombreux sont les criminels qui ont utilisé des plantes pour tuer femme, mère ou ennemi

mortier

5% des intoxications seraient liées à des plantes   (Les intoxications signalées aux centres antipoison français en 2006  La revue du praticien, 2008, vol 58 : 825-831)

La pratique de la phytothérapie  nécessite donc une parfaite connaissance des posologies à prescrire.

L’aromathérapie est, elle aussi, potentiellement dangereuse : elle peut provoquer des effets potentiellement graves si la posologie et la durée de prise ne sont pas respectées ; il existe des risques d’allergie, mais aussi de photosensibilisation (risque de coups de soleil avec les huiles essentielles de bergamote, citron, mandarine..) ; l’aromathérapie est contre-indiquée en cas branche de romarind’insuffisance rénale et certains produits comme les terpènes sont toxiques pour le rein; la toxicité  neurologique est possible  avec risque de convulsions comme par exemple avec l’huile essentielle d’eucalyptus, de girofle, de niaouli, de romarin et cette liste n’est pas exhaustive.. Les précautions d’emploi sont très nombreuses: l’aromathérapie est à utiliser avec une extrême prudence chez les femmes enceintes surtout dans les trois premiers feuilles d'eucalyptusmois de la grossesse (les huiles essentielles contenant des cétones sont abortives à forte dose, comme l’huile essentielle d’eucalyptus, de menthe poivrée, de sauge…) , les nourrissons, personnes allergiques et même chez les animaux. L’huile essentielle de cyprès est déconseillée chez les patients soignés pour un cancer de prostate ou en cas de mastose. Les huiles essentielles contenant des phénols sont dangereux pour le foie à haute dose (aneth, citron, cypres, pin etc…) Les huiles essentielles riches en monoterpènes (cyprès, sapin, pin ou genévrier) sont toxiques pour les reins.

Flacons vides avec étiquette toxique

Je suis atterrée de voir les produits d’aromathérapie dans les grandes surfaces (et même certaines librairies!) sans mise en garde…

 

dessin d'un bloc-note

A retenir

Homéopathie: innocuité

Phytothérapie et aromathérapie: prudence, demandez conseil à votre pharmacien, médecin , attention à l’auto-médication

Homéopathie, phytothérapie, aromathérapie: ne pas confondre! (2)

En thérapeutique, nous parlons d’indications et de limites..Les médecines complémentaires en ont aussi, qu’il convient de bien connaitre pour en diminuer les risques.

panneau signalétique exclamation

L’homéopathie permet de prévenir et de traiter certains symptômes; nous, homéopathes,  pensons que le symptôme est la conséquence d’un déséquilibre de l’organisme, par exemple à la suite d’une agression par un agent étranger (virus, bactéries..)

Le médicament homéopathique va être prescrit pour aider l’organisme à mieux fonctionner, à se rééquilibrer.

Ainsi l’homéopathie est très adaptée à la prise en charge de symptômes fonctionnels aigus comme les rhumes, les syndromes grippaux, les suites de traumatismes, les symptômes fonctionnels gynécologiques (bouffées de chaleur, douleurs de règles, syndrome prémenstruel, mycoses, cystites..), mais aussi les troubles chroniques qui dépendent du terrain du patient (cf blog sur la notion de terrain): troubles du sommeil, troubles anxieux. Comme elle n’est jamais « anti-organisme », elle améliore aussi son fonctionnement global quel que soit l’organe (système digestif, système immunitaire..).

Pouvoir traiter les petits maux de la femme enceinte sans risque,  accompagner l’accouchement, l’allaitement , sans risque pour le bébé, est une grande force de l’homéopathie.

L’homéopathie est pertinente en accompagnement des pathologies lourdes en raison de l’efficacité et de l’absence d’interaction médicamenteuse; en effet toutes ces pathologies ont en commun la nécessité de traitements conventionnels efficaces mais pourvoyeurs d’effets secondaires, ce que l’homéopathie peut améliorer sans nuire au traitement; c’est le cas des cancers, maladies neuro-dégénératives: sclérose en plaques par exemple, maladies inflammatoires intestinales, pathologies rhumatismales…

Ses seules limites sont ses non-indications: l’homéopathie ne traite pas les cancers, les septicémies, les appendicites aigues etc…S’auto-médiquer en homéopathie nécessite d’être certain du diagnostic et de la non -nécessité de recourir à un traitement conventionnel médicamenteux ou chirurgical. Attention aussi aux « thérapeutes » non médecins qui conseillent l’homéopathie, mais qui n’ont pas la compétence de poser un diagnostic et une indication thérapeutique.

 

La phytothérapie est indiquée  dans la prise en charge des symptômes aigus fonctionnels (syndrome grippal, troubles fonctionnels gynécologiques, douleurs rhumastismales..) ; elle peut aussi être préventive (prévention par la canneberge des infections urinaires à Escherichia coli). Elle est très intéressante en détoxification du foie, des reins, de la peau.  Elle peut rendre service dans la prise en charge des troubles du sommeil, des troubles anxieux car elle ne présente pas de risque d’accoutumance, mais attention aux interactions: par exemple le millepertuis, « anti-dépresseur naturel » ne peut pas être prescrit conjointement à la pilule contraceptive car il diminue son effet. Elle ne peut modifier les terrains et doit être utilisée avec une extrême prudence en cas de pathologie chronique en raison des risques d’interactions médicamenteuses avec les traitements conventionnels.

 

L’aromathérapie est indiquée en cas de troubles fonctionnels aigus , de troubles du sommeil, de troubles anxieux; elle est volontiers conseillée pour améliorer le fonctionnement de certains organes, en particulier le foie, les reins, le système digestif en général. On parle de propriétés anti-spasmodiques, stimulantes des voies digestives, anti-infectieuses, sédatives.

 

panneau signalétique AttentionSes limites sont la dangerosité de certaines huiles essentielles; certains risques sont bien identifiés, mais d’autres dépendent de la personne, surtout  les risques allergiques et ne peuvent être prévenus. Faire particulièrement attention en cas de grossesse car une réaction allergique peut être dangereuse pour le foetus et demander toujours conseil à un professionnel de santé (médecin, pharmacien, sage-femme), formé en aromathérapie.

 

A retenir:

dessin d'un bloc-noteHoméopathie, phytothérapie et aromathérapie peuvent soulager des symptômes aigus fonctionnels , peuvent améliorer le fonctionnement d’organes et prévenir certaines pathologies comme les infections à répétition. Dans les symptômes fonctionnels et après diagnostic posé par un professionnel de santé, ils ont une indication en première intention

Seule l’homéopathie ne présente pas de contre-indications, ni d’interactions médicamenteuses, rendant son utilisation très sécurisante en cas de grossesse ou de pathologies lourdes traitées par des médicaments allopathiques.

 

 

 

 

OUI aux médecines complémentaires chez des patients atteints de cancer

smiley surpris

A mon retour de vacances, me voilà devant ces titres qui « se veulent » ravageurs.

« Une étude assure que le recours aux médecines « alternatives » fait exploser la mortalité » (France-soir 19 Août), « Les médecines alternatives, fléau du cancer »(Revue pharma 22 Août), « Cancer: les remèdes alternatifs augmentent les risques de décès » (Le Progrès 20 Août), « Cancer: les médecines alternatives augmentent sensiblement les décès » (AFP 18 Août)
Le buzz vient d’une étude * américaine (qui n’est encore pas publiée dans son intégralité) et qui regarde la survie de patients atteints de cancers suivis uniquement par médecines alternatives versus des patients suivis en médecine conventionnelle.

Plusieurs types de patients  ont été suivis, diagnostiqués pour des cancers différents: poumon, sein, prostate, intestin.
560 malades étaient traités de façon conventionnelle; 280 avaient choisi des pratiques alternatives. Les résultats montrent qu’il existe une surmortalité cinq ans après le diagnostic, dans le groupe de patients qui a refusé les traitements conventionnels (chirurgie, radiothérapie, hormonothérapie, chimiothérapie). Le risque a été multiplié par 2.5. Le risque est plus élevé pour les cancers du sein (risque fois 5), les cancers colorectaux (fois 4), les cancers du poumon (fois 2); peu de différence en ce qui concerne les cancers de prostate (91.5% de survie à 5 ans, dans le groupe traité par médecine conventionnelle, versus 86.2% dans le groupe traité médecine alternative; ces cancers sont d’évolution spontanément lente et favorable)

Mes commentaires:

rappelons en premier lieu que depuis bien longtemps, il est  admis par la communauté médicale que les médecines non conventionnelles sont complémentaires aux traitements conventionnels  et pas une alternative en tout cas dans les pathologies graves. La plupart des patients aussi ont bien compris la différence entre les médecines complémentaires et la médecine conventionnelle; les médecines complémentaires sont des soins de support, qui aident le patient à supporter les effets secondaires du cancer et des traitements; leur objectif est essentiellement la qualité de vie. La médecine conventionnelle vise la  quantité de vie, en essayant de préserver la qualité de vie.  Si le patient est en confiance avec l’équipe d’oncologie qui le prend en charge, il ne lui viendra pas à l’idée de ne pas bénéficier des traitements conventionnels.

remarque 2:
Quelle drôle d’idée de faire ce type d’études: qui veut-on convaincre?  Veut-on faire peur au patient, dénigrer les médecines non conventionnelles ?

La question qu’il aurait fallu se poser et résoudre est  » qui sont ces patients qui refusent la médecine conventionnelle et pourquoi? » Il s’agit d’un groupe obligatoirement minoritaire.

3è remarque: Si les résultats avaient été inverses, montrant que les patients qui ont choisi les médecines non conventionnelles ont une mortalité inférieure, il est évident que les médecins conventionnels se seraient tous manifestés: ils auraient à juste titre relevé que l’étude n’est pas randomisée (pas de tirage au sort ) et qu’on ne peut généraliser à partir d’un groupe de patients minoritaire qui fait un choix de traitement sans savoir si ce choix a été éclairé ou non, ou si ces patients font partie d’une secte.

4è commentaire: toutes les thérapeutiques non conventionnelles ont été mélangées: yoga, homéopathie, acupuncture, sophrologie, phytothérapie, diète, prières!!!…Est-il possible de mettre dans le même panier de thérapeutique de soins, l’acupuncture et les prières! Peut-on considérer la prière comme une « médecine alternative »?

De plus,  parmi ces thérapies, certaines peuvent être dangereuses et aggraver le cancer (par exemple, des plantes contenant des hormones et administrées à des patients ayant des cancers hormono-dépendants); il n’est pas possible de mettre « dans le même sac » toutes les thérapeutiques non conventionnelles: certaines sont des pratiques psycho-corporelles, d’autres des thérapeutiques médicamenteuses, d’autres des modes de vie ; imaginons que nous fassions une étude d’efficacité en oncologie en mélangeant toutes les thérapeutiques conventionnelles sans s’occuper de leur pertinence!!

Je suis choquée de voir que certains continuent à  opposer médecine conventionnelle et médecine non conventionnelle . Quand comprendront-ils que nous sommes à l’ère de la Médecine Intégrative, c’est à dire des soins qui associent médecine conventionnelle et médecines complémentaires (et non pas alternatives) pour le bien du patient… et c’est ce que le patient MERITE.  Plusieurs  études ** montrant une amélioration de la survie des patients atteints de cancer et de la durée sans récidive, en associant des thérapies complémentaires à la médecine conventionnelle  ont été publiées, ne l’oublions pas…(nous détaillerons ces études dans un autre article)

A retenir: la conclusion de cette étude est celle que tous les professionnels de santé éthiques connaissent: les médecines complémentaires doivent être complémentaires et ne soignent pas le cancer; rien de bien nouveau sous le soleil, beaucoup de temps perdu et de controverses inutiles. Mais l’occasion d’un billet d’humeur dans mon blog!

 

 

« Use of alternative Medicine for Cancer and its impact on Survival »

Journal ot the National Cancer Institute, Volume 110, issue 1, 1 January 2018 djx145, https://doi.org/10.1093/jnci/djx145

** Spiegel D,  Kraemer H, Bloom J,  Gotthiel E  : « Effect of psychosocial treatment on survival of patients with metastatic breast cancer. » Université de Stanford

Lancet 1989
Les résultats de cette étude ont été confirmés en 2007 et en 2015 dans une deuxième et troisième étude (revue «Cancer »)

**Andersen B :  –  « Psychological intervention improves survival for breast cancer patients: a randomized clinical trial »

revue Cancer , 2008

4 Juillet 2017: adoption d’un texte de loi européen sur les perturbateurs endocriniens

Il y a 20 ans, j’écoutais le professeur Charles Sultan, endocrinologue pédiatre de Montpellier parler dans un congrès des perturbateurs endocriniens; les médecins souriaient autour de moi et personne n’y croyait vraiment.
20 ans après, plus personne n’a de doute sur le risque foetal de l’exposition des femmes enceintes aux perturbateurs endocriniens.
La première étude nationale sur l’exposition des femmes enceintes aux polluants organiques a été publiée par Santé Publique France le 7 décembre 2016; les résultats sont accablants.

Il s’agit d’une étude portant sur 4145 femmes enceintes ayant accouché en France continentale en 2011; les polluants organiques mesurés dans l’étude sont le bisphénol A, les phtalates, les pesticides et certains polluants organiques persistants (POP). La quasi totalité des femmes enceintes étudiées présentent dans leur organisme des polluants organiques; 99,6 % ont été exposées à au moins un phtalate à un niveau de concentration quantifiable. La plus forte concentration concerne le DEP, un phtalate utilisé dans les cosmétiques et produits d’hygiène. Le bisphénol A a été retrouvé chez 70% des patientes,  avec une imprégnation supérieure chez les femmes ayant le plus consommé « d’aliments susceptibles d’avoir été en contact avec des matières plastiques ou des résines contenant du BPA comme des aliments pré-emballés dans du plastique ou en boîtes de conserve, vin, eau en bouteille ou en bonbonne », précise l’étude.

Le 4 Juillet 2017, un texte de loi européen définit enfin la notion de  perturbateurs endocriniens; ce texte marque une avancée dans la reconnaissance des risques liés aux perturbateurs endocriniens, même s’il est insuffisant pour de nombreux observateurs.

Bruxelles, le 4 juillet 2017

Aujourd’hui, les représentants des États membres se sont exprimés en faveur de la proposition de la Commission européenne relative à des critères scientifiques permettant d’identifier les perturbateurs endocriniens dans le domaine des produits phytopharmaceutiques. Il s’agit d’une étape décisive sur la voie d’une meilleure protection des citoyens contre les substances nocives.

L’intégralité du texte n’est pas publiée à ce jour.

Le texte se base principalement sur la définition de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui explique que les perturbateurs endocriniens sont « des substances chimiques d’origine naturelle ou artificielle étrangères à l’organisme qui peuvent interférer avec le fonctionnement du système endocrinien et induire ainsi des effets délétères sur cet organisme ou sur ses descendants ».

Les perturbateurs endocriniens peuvent être d’origine naturelle (phytoestrogènes, hormones)  ou résulter d’activités humaines (produits de consommation courante, pesticides, cosmétiques, médicaments..) Leur risque est d’avoir des effets toxiques sur la fertilité, et sur le déroulement de la grossesse (malformations, retards de croissance)

Si ce texte protecteur est appliqué, toute substance active utilisée dans les pesticides identifiée comme perturbateur endocrinien pour les personnes ou les animaux pourra être évaluée et retirée du marché.

Dans un communiqué cosigné par Nicolas Hulot, le ministre de la transition écologique et solidaire, Agnès Buzyn, la ministre des Solidarités et de la Santé et Stéphane Travert, le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, le gouvernement français indique qu’il va aller plus loin que ce qui a été décidé, en interdisant unilatéralement certaines substances sur le territoire en fonction de leur dangerosité.

Soyons vigilants et surveillons l’application de la loi qui devrait conduire à des programmes de recherche pour préciser la place et l’impact des perturbateurs endocriniens

 

Dans un prochain article : les risques des perturbateurs endocriniens chez la femme enceinte